Tu parles d'un film doudou

Publié le 14 mars 2025  |  4   |  SPG

Depuis quelques temps j’ai une tendance à me tourner non seulement vers des lectures confortables, famillières ou au contraire totalement angoissantes et en ce qui concerne les films, séries et animés, vers des choses que j’ai déjà vu ou qui font froid aux fesses mais dans des univers éloignés de la réalité, avec des monstres quoi. Au niveau des films de confort, il y a un paquet de nanars. C’est ce mouvement de repli, de pls culturel, qui m’a amené à revoir The day the earth stood still(2008), avec le roi des nanars, celui qu’on a appelé à un moment l’humain universel ou l’humain du futur, j’ai nommé Keanu Reaves.

Ce que je retiens de ce film de 2008, c’est qu’il est le symbole d’une période que la géopolitique actuelle enterre. Certains semblent découvrir que nous sommes dominés par les Etats-unis et que l’Europe (mais aussi le Canada) tout aussi occidentaux qu’ils soient sont un ensemble de pays satellites, accessoires, de l’Empire d’Amérique du Nord. Nous sommes dominés par la culture etats-unienne, sa langue, sa façon de faire science, sa vision hégémonique du monde. J’ai grandi à une époque où des voix non-atlantistes pouvaient encore s’exprimer, sur l’ensemble de l’échéquier politique, des CCC (Belgique) aux Gaullistes et différents souverainistes socio-démocrates et bien sûr à l’extreme-droite. Tout ça a été balayé par le triomphe libéral et la victoire totale des USA dans à peu près tous les domaines, notamment de communication et de media (networks, jeux-télés, internet de plateforme).

Keanu Reaves a incarné aussi la promesse d’un futur sans racisme: il était l’humain universel, dont on ne savait pas tout à fait quelles pouvaient être ses origines, il symbolisait un futur idéalisé où la race ne serait plus un sujet. Dans The day the earth stood still (qui est le remake d’un film de 1951), il est Klaatu, un extra-terrestre, dont le peuple est alarmé par l’activité délétère humaine, qui menace la survie de la Terre, une des rares planètes pouvant habiter la vie. Leur solution, vu l’accueil qu’ils ont reçu (on lui tire dessus directement) et leurs années d’observation (il ont des émissaires espions), est de faire une sorte de reset au goût biblique, avec arche pour protéger des échantillons de ce qui doit être sauvé, nuées de grillons mécaniques, et déluge. Divulgachage: à la fin, l’humanité est sauvée in-extremis, les arches sphériques s’en vont, mais une onde electromagnétique désactive toute l’electronique terrienne.

2025.Le message écologique, antiraciste (Klaatu est accompagné d’une famille monoparentale composée d’une femme caucasienne et d’un enfant adoptif afro-descendant) et doucement anti-militariste1 serait-il encore de bon ton dans une production 20th Century Fox ? A la vitesse où l’industrie numérique et culturelle retourne sa veste ou simplement fait silence, on est en droit de se le demander.

La sortie de Snow White, où Blanche neige est incarnée par une actrice colombienne mate, Rachel Zegler, et la mégère par Gal Gadot, montre bien que l’idée qu’un humain moyen, sorte de mélange de toutes les carnations terrestres possibles dans lequel toustes pourraient se reconnaître s’éloigne aussi vite que les bruits de bottes s’amplifient. Blanche-Neige doit être littéralement blanche comme la neige ce que Rachel Zegler ne sera jamais assez apparemment. Evidemment, le fait de produire un remake de Blanche Neige en live action, n’a pas grand intérêt, le film est en deçà du nanard regardable, mais la polémique médiatique est symptomatique de l’époque.

L’idée de l’humanité comme un continuum, avait un côté agaçant et bisounours mais ouvrait des possibles positifs. L’envie de montrer cette unité est remplacée aujourd’hui par l’expression - au niveau culturel et surtout politique - d’une blancheur[^] qui se vit non seulement comme assiegée et menacée de disparition physique mais qui est agressive, totalitaire, destructrice et fondamentalement négative. La blanchité d’aujourd’hui n’est pour rien, elle est contre le reste du monde.

Que la destruction environnementale soit une plus grande menace pour tous ne compte plus vraiment: le but aujourd’hui est de rétablir un ordre mondial “blanc occidental”, impérial, extractiviste. Le seul reset qui semble désirable est celui de l’assujetissement impérial conservateur et ségrégationniste qui se consolider aujourd’hui.

Tu parles d’un film doudou !


  1. Antimilitariste dans le style blockbuster, on critique sans vraiment le faire, en montrant que le droit à l’armement individuel n’est pas remis en cause et que quand même les Etats-unis c’est une armée balèse même si mal dirigée. ↩︎